Lycées français à l'étranger : récit de deux élèves corréziens sélectionnés, épisode 2 : le bilan

L’année dernière, deux élèves de l’académie de Limoges ont obtenu une bourse de mobilité grâce à laquelle ils ont pu vivre une année scolaire dans un des lycées français à l'étranger.

Ces bourses permettent en effet à une trentaine d’élèves, de la France entière, de bénéficier pendant une année d’une scolarité dans des conditions exceptionnelles et d’enrichir leur parcours scolaire, culturel et personnel. Yohan est parti en Espagne, à Madrid, et Élise s’est rendue en Irlande, à Dublin. (voir article précédent : Lycées français à l’étranger : récit des deux élèves corréziens élus, épisode 1). L’année scolaire s’achève et le service du Sra-Reic a pu recueillir leur témoignage, afin de dresser le bilan de cette année riche en enseignements. Bravo à eux pour leur parcours !

Témoignage d’Élise, partie au Lycée français de Dublin

« J’ai majoritairement parlé français à l’école et un peu anglais avec ma famille d’accueil. Je n’ai pas eu de problème pour suivre les cours vu qu’il s’agit du même programme qu’en France. Je pense que mon niveau d’anglais s’est vraiment amélioré grâce à mon séjour. Je suis partie car je souhaitais vraiment découvrir quelque chose de nouveau et rencontrer des personnes. J’avais le choix entre l’Espagne, l’Allemagne et l’Irlande. J’ai choisi l’Irlande parce que je voulais améliorer mon anglais. Avant de partir j’avais hâte et j’étais un peu stressée. Maintenant, je souhaite rentrer et retrouver ma famille et mon quotidien. J’ai passé une très bonne année mais c’est dur d’être loin de ses proches. Je m’attendais à parler beaucoup plus anglais et à être réellement dépaysée. Il n’y pas eu un choc culturel à proprement parlé car j’étais énormément en contact avec des Français. Toutefois, je dirais que j’ai été surprise par les horaires des repas (dîner à 17h) et l’amour pour le sport des Irlandais (ils vont d’activité en activité).
Ce voyage m’a apporté de l’autonomie et m’a permis de faire des rencontres inoubliables. 
Je pense que ma plus belle découverte ce sont vraiment mes amies. J’ai bien aimé cette année mais je ressens l’envie de rentrer chez moi. Vivre en famille d’accueil est une expérience que je trouve compliquée car cela demande beaucoup d’adaptation. J’aimerais beaucoup retourner dans ce pays pour des vacances, je souhaiterais découvrir la partie plus rurale de l’Irlande.
Si je devais donner un conseil, je dirais qu’il faut vraiment être tolérant et compréhensif et surtout ne pas hésiter à se confier si quelque chose ne va pas.
»

Témoignage de Yohan, en classe de Terminale au Lycée français de Madrid

La nostalgie du pays d’origine

« Cette expérience a commencé en septembre et s’apprête malheureusement à se terminer. Toutefois, je n’aurais jamais pensé dire cela il y a 8 mois, lorsque j’ai ressenti l’envie de revenir en France au bout de 3 semaines en Espagne. Je dois avouer que commencer cette dernière année de lycée sans mes amis, loin de mes parents et avec toutes les appréhensions que je pouvais avoir n’a pas été facile : les premiers week-ends, l’ennui que je ressentais était immense. Puis, je me suis rapidement fait des amis, la plupart étant eux aussi nouveaux dans ce lycée, certains participant d’ailleurs à ce dispositif de bourse. J’ai donc eu l’occasion de sortir (peut-être même un peu trop) et de réellement visiter cette ville, bien entouré. Moi qui avais toujours vécu dans un petit village près de Tulle et rêvé de vivre dans une grande ville, j’ai pu expérimenter ce changement, au-delà du simple changement de pays. Finalement, j’ai pu essayer certaines activités et goûter des cuisines dont je n’avais jamais entendu parler ou qui n’étaient pas disponibles en Corrèze. » 

Les différences avec la France

« À propos des différences que j’ai pu ressentir ici, la première qui me vient à l’esprit est l’horaire des repas. Il est vrai que je n’aurais jamais pensé un jour dîner à 21h (ou plutôt à partir de 21h). Mais finalement, je trouve que ce rythme me convient mieux : il m’a d’ailleurs permis de trouver une meilleure organisation au niveau scolaire, réduisant largement le stress que je pouvais avoir auparavant. Le climat aussi m’a quelque peu troublé, les températures étant beaucoup plus « extrêmes » qu’en France : allant des températures négatives l’hiver à plus de 40°C l’été.
Aussi étrange que cela puisse paraître, l’un des plus gros écarts par rapport à ce à quoi je m’attendais a été le lycée en lui-même. D’abord, j’ai eu tort de penser que « lycée français » signifiait que tous les élèves parlaient français entre eux. En l’occurrence, il est plus rare d’entendre parler français qu’espagnol dans la cour. Néanmoins, les cours sont intégralement en français et tout à fait identiques à ceux que l’on peut avoir en France, hormis quelques exceptions comme une matière supplémentaire : l’Histoire Géographie de l’Espagne, enseignée bien entendu en espagnol. Enfin, sur le plan académique, l’une de mes principales peurs avant d’intégrer ce lycée était de voir mes résultats scolaires baisser face à cet établissement. Pourtant, tout le contraire s’est produit puisque j’ai même réussi à améliorer mes notes, bien que le niveau soit plus élevé.
»

Et après le lycée français?

« Par ailleurs, si je pensais qu’accepter cette bourse de mobilité m’ouvrirait des portes, notamment en matière d’orientation, je n’imaginais pas autant. Le statut de boursier, l’absence de restrictions géographiques sur Parcoursup, ainsi que la réputation du Lycée français de Madrid et la valorisation de cette expérience ont constitué un véritable tremplin pour moi, d’autant plus avec certaines opportunités comme EUROmad, une modélisation des institutions européennes réunissant des lycéens français de l’étranger venus de nombreux pays. J’ai ainsi pu passer la phase d’admissibilité de l’ensemble des Instituts d’Études Politiques (Sciences Po) auxquels j’ai postulé et je suis persuadé que ce changement d’établissement m’a fortement aidé. Il ne reste donc plus qu’à attendre les résultats d’admission à venir… Je pense donc que le plus intéressant et judicieux dans ce programme de bourse de mobilité serait de partir en Terminale, comme j’ai pu le faire, et non en Première, où les avantages sont plus limités, sans même évoquer la difficulté de devoir revenir dans son lycée d’origine après avoir passé une année aussi marquante. »
Après ce témoignage, nous avons reçu des nouvelles : Yohan a en effet été accepté dans tous ses vœux Parcoursup (Sciences Po, double diplôme, double licence…). Bravo à lui pour ce parcours ! 

Les apports de l’expérience

« Au niveau personnel, je dirais que cette année m’a fait évoluer (et non pas transformé). Premièrement, mon niveau d’espagnol a nettement augmenté, surtout en compréhension et en expression orale dans la vie de tous les jours, même si je dois avouer qu’avant d’arriver, je pensais devenir bien meilleur que cela. Mais il est vrai que ce qui était la principale raison de mon choix de partir étudier en Espagne (améliorer mon niveau de langue) est finalement passé au second plan lorsque j’ai rencontré mes amis, pour la grande majorité francophones. Toutefois, je ne regrette rien, et je pense que je n’aurais pas pu être aussi complice ni créer autant de souvenirs à Madrid avec des personnes dont la langue maternelle n’aurait pas été le français. De plus, cette expérience m’a révélé beaucoup plus sociable que je ne pensais l’être, m’a permis de devenir plus autonome et adaptable, et m’a fait voir la solitude que j’ai ressentie les premiers jours sous un autre angle. Elle m’a aussi donné encore davantage envie de découvrir et de visiter le monde, en me rendant plus curieux de ce qui m’entoure au-delà de l’Espagne. »

Le bilan

« En bref, solliciter cette bourse de mobilité a été la meilleure décision que j’ai jamais prise. J’ai pu rencontrer un certain nombre de personnes formidables avec qui je compte garder contact, améliorer mon niveau d’espagnol, découvrir les joies de la vie citadine et renforcer mes chances d’intégrer Sciences Po, ainsi que mes perspectives de réussite à long terme. Finalement, si j’avais mal vécu l’année dernière, entre le stress et la vie en dehors des cours, ce qui avait en partie motivé mon choix de venir en Espagne, je peux dire qu’aujourd’hui je n’ai jamais été aussi heureux, ni aussi détendu dans mon rapport aux cours. Cette année a marqué un vrai tournant pour moi. Il va être difficile de tout quitter, et je partirai le cœur lourd, mais je sais que j’y reviendrai, peut-être pas pour y vivre, mais pour des vacances ou simplement pour revoir les personnes que j’y ai rencontrées. »

Quelques conseils

« Pour terminer, je dirai à quelqu’un qui veut partir d’oser le faire (c’est aussi par peur de regretter que j’ai accepté), parce que sinon il se demandera toujours ce qui aurait pu se passer, peut-être même qu’il finira par s’en vouloir. Je ne dirais pas non plus que tout le monde est fait pour cela, mais si on l’envisage, on se doit d’essayer et de se laisser un peu de temps d’adaptation. Puis, je tiens à rappeler qu’on n’est pas non plus totalement isolé de sa famille et de ses amis de France, puisqu’on peut les appeler, mais surtout qu’on peut rentrer régulièrement et facilement chez soi. Personnellement, je suis rentré en avion à chaque vacances, et cela m’a vraiment fait comme une cure pour retrouver mes parents et mes amis. On se rend aussi compte que la vie là-bas continue normalement, qu’on n’est pas oublié, et cela fait du bien. »

Pour l’année 2026-2027 à venir, une autre candidate de l’académie de Limoges a été retenue pour effectuer une classe de Terminale au lycée français de Munich. Elle arrive également du lycée Edmond Perrier de Tulle. Félicitations à elle !

Mise à jour : juin 2026