Aujourd’hui, en France, alors que 42 % des filles suivent l’enseignement de spécialité mathématiques en terminale, elles ne représentent que 25 % des étudiants qui intègrent des formations supérieures conduisant aux métiers d’ingénieurs et du numérique. Cette proportion stagne depuis 20 ans.
Ce décrochage apparaît dès le CP. Si l’appétence des filles pour les mathématiques est équivalente à celle des garçons à la rentrée, un écart apparaît dès le 1er trimestre et se creuse tout au long de la scolarité.
Ces différents constats ont conduit à mettre en place une stratégie nationale visant à réduire les inégalités de genre dans les parcours scientifiques et numériques. L’académie de Limoges est engagée depuis plusieurs années dans un travail de fond destiné à encourager l’ambition scientifique des filles. Son action s’inscrit pleinement dans le Plan national « Filles et maths » et, plus globalement, dans la démarche ministérielle pour favoriser l’égalité d’accès aux études et aux métiers scientifiques. L’académie a engagé une politique éducative structurée, fondée sur la recherche, priorisant le premier degré, pilotée avec la donnée et inscrite dans la continuité des parcours jusqu’au supérieur.
Des évolutions encourageantes sont déjà observées dans l’académie
Dans l’académie, des avancées notables témoignent d’un fort engagement des équipes éducatives pour faire évoluer les représentations, encourager l’ambition des filles et leur ouvrir pleinement les portes des filières scientifiques.
L’académie de Limoges enregistre ainsi des signaux positifs :
- 51 % de filles en spécialité mathématiques en première générale (48 % au national) ;
- 47 % de filles en mathématiques en terminale, en hausse de 6 points depuis 2021 ;
- En classe préparatoire aux grandes écoles mathématiques, physique, ingénierie et informatique (CPGE MP2I), la part des filles a été multipliée par plus de 7 entre 2021 et 2024 : de 4 % en 2021, elles étaient 29 % en 2024.
Cependant, des écarts subsistent dans d’autres filières :
- Part de filles en numérique et sciences informatiques (NSI) : 12,2 % ;
- Part de filles en sciences et technologies de l’industrie et du développement durable (STI2D) : inférieure à 10 % ;
- Part de filles en Classes préparatoires aux grandes écoles Physique, technologie et sciences de l’ingénieur et Technologie et sciences industrielles (CPGE PTSI et TSI) : entre 10 et 12 %.
Une démarche structurée, suivie et évaluée
Au-delà d’actions isolées, l’académie a engagé une politique d’ensemble, organisée autour de quatre axes complémentaires :
- un appui sur les apports de la recherche scientifique
- une attention particulière portée aux premières années de scolarité, où se construisent les représentations
- un suivi régulier à partir d’indicateurs partagés permettant d’objectiver les situations
- une continuité recherchée des parcours, de l’école jusqu’à l’enseignement supérieur scientifique
Cette démarche s’inscrit dans la feuille de route académique et dans les pratiques ordinaires de suivi et d’accompagnement des établissements.
Agir dès l’école : un levier déterminant
Les mécanismes des inégalités entre filles et garçons par rapport aux sciences débutent très tôt : l’analyse des évaluations nationales montrent un changement dès la mi-CP. Au début du CP, les filles obtiennent un score légèrement supérieur à celui des garçons lors de l’évaluation nationale de début d’année. À partir de la mi-CP, les garçons commencent à dépasser les filles, avec des écarts qui se creusent au fur et à mesure des années :
- à la mi-CP, l’écart est de 10 points
- en CE1, il est de 19 points
- en CM2, l’écart atteint 32 points
Dans le second degré, les garçons continuent de dépasser les filles, mais les écarts sont moins importants :
- 21 points en sixième et seconde
- 18 points en quatrième (Institut des politiques publiques, janvier 2024)
Ces tendances sont observées sur l’ensemble du territoire, tous types d’établissements et milieux sociaux confondus .
Les filles, à niveau égal, montrent également moins de confiance en elles face aux évaluations — légèrement en français, et de façon marquée en mathématiques (Note d'information n° 25-26, DEPP).
Les inégalités par rapport aux résultats et les représentations liées aux sciences se construisent très tôt et incitent à agir dès l’école primaire en sensibilisant, en outillant et en formant les personnels de l’académie.
Concrètement, cela se traduit par :
- des temps de sensibilisation des équipes pédagogiques
- l’intégration de cette thématique dans les temps de travail collectifs
- des outils d’observation et d’analyse des pratiques favorisant une participation équilibrée des élèves
- un travail spécifique sur certaines compétences clés en mathématiques, en lien avec les évaluations nationales
Dans les trois départements de l’académie, des actions adaptées aux contextes locaux sont déjà mises en œuvre, associant formation, analyse des résultats et partenariats scientifiques de proximité.
Un suivi partagé pour accompagner les progrès
L’académie s’est dotée d’outils de suivi permettant aux lycées proposant la spécialité mathématiques de disposer d’indicateurs simples :
- attractivité de la spécialité auprès des élèves
- continuité des choix entre la première et la terminale
- objectifs annuels adaptés au contexte de chaque établissement
Ces repères facilitent l’accompagnement des équipes et la mise en valeur des progrès réalisés.
Encourager la continuité vers l’enseignement supérieur scientifique
L’attention portée à la mixité ne s’arrête pas au lycée. Elle concerne également la transition vers l’enseignement supérieur scientifique.
Des actions sont menées pour :
- soutenir l’ambition scientifique des lycéennes
- développer des formes de tutorat entre élèves
- donner à voir des parcours scientifiques variés
- mieux comprendre les choix d’orientation pour adapter l’accompagnement proposé
Un appui constant sur les apports de la recherche
La démarche académique s’appuie sur des travaux de recherche reconnus portant sur les stéréotypes de genre et sur les mécanismes qui influencent les choix d’orientation. Des projets de recherche-action sont également conduits avec des partenaires de l’enseignement supérieur afin de mieux comprendre les trajectoires des élèves vers les études scientifiques.
Plusieurs lycées de l’académie participent à ces travaux, qui contribuent à éclairer les actions mises en œuvre sur le terrain.
À travers cette politique progressive, ancrée dans les pratiques pédagogiques et éclairée par la recherche, l’académie de Limoges agit pour que chaque élève, fille ou garçon, puisse envisager sereinement l’ensemble des parcours scientifiques, en fonction de ses goûts, de ses compétences et de ses ambitions.
À consulter
- Plan Filles et maths – Ministère de l’Éducation nationale
- Le rapport « Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles »
- Article Eduscol : « Faire des maths et des sciences, un choix possible pour toutes »
Comprendre les mécanismes des inégalités et leur construction dès l’école élémentaire :
- Note d'information n° 25-04, DEPP
- Le décrochage des filles en mathématiques dès le CP : une dynamique diffuse dans la société, Note Institut des politiques publiques, n°101 - Janvier 2024
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